Wagon l'incontournable.

 Wagon l'incontournable.

Je m'étais dit que c'était le monde de la nuit et en acceptant ce métier, je n'avais plus un autre choix que celui d'acérer mes griffes de lion, de me faire abattre ou de me battre toutes griffes dehors.

Mon mental avait changé et avec lui mon caractère s'était endurci ...

 

Deux semaines après notre première « Nuit des Étudiants », le videur de l'Usine vint me voir pour me dire que la direction de l'Usine était en colère et de me tenir prêt car ils allaient passer me voir. Son avertissement avait prit forme un mois après. On m'invita à prendre du champagne et une fois que nous avions trinqué, leur chef me demanda si je les considérais comme des amis, je lui répondis que personnellement, je n'avais aucun ennemi mais des concurrents. Leur demande fut sans ménagements et, si je les considérais comme des amis, je devais cesser toutes concurrences le mercredi . Je lui répondis que je ne cesserais qu'à une condition : que de leur côté il n'y aurait plus de soirée « Ladys Night » le Mardi soir. Après cette visite un peu culottée pour des gens qui venaient de métropole et qui voulaient imposé leur diktat, rien ne fut respecté et de ce fait j'avais décidé de continuer « La nuit des étudiants » et d'attendre leur réaction qui ne tarda pas. Ne pouvant plus faire face à notre concurrence on m'avait de nouveau envoyé le videur pour tenter de me dissuader de ne plus continuer ma soirée du mercredi. Cette fois ma réponse fut cinglante. Je lui avais demandé de transmettre ce message : Dans le monde de la nuit il y a des règles et, ils sont les mieux placés pour le savoir car en Métropole ce monde là est un monde de mafieux. Je ne suis pas venu marcher sur leur plate bande mais eux ils y sont, il n'y aura donc aucun accord, mais si sa direction le souhaite, je suis prêt à fermer mes portes le mercredi mais en contrepartie, ils devront me verser 12,000 FF en compensassions du manque à gagner sur notre chiffre d'affaire. Aucune réponse ne m'avait été donnée et tout se planifia avec quelques remous administratives dans la normalité pour tout établissement de nuit recevant un grand public.

L’ambition d'une grande évasion me dévorait l'esprit et j'avais projeté d'ouvrir un des plus grands complexes de la nuit Dionysienne, mal m'en avait pris, car j'avais de nouveau attiré la jalousie et les tentatives de pressions avaient recommencé. Mais j'étais rôdé et prêt à y faire face sereinement en appliquant la loi et rien que la loi. En ce sens j'avais décidé d’alerter le ministère de l’intérieur de ces méthodes mafieuses qui tissaient sa toile d'araignée sur l'île, jusqu'ici non atteint par ce cancer qui ronge le monde de la nuit métropolitaine. Les pressions policières cessèrent mais pas les zèles de certains inspecteurs  et de quelques agents qui étaient de ronde la nuit.

Quelques mois après mes tracasseries avec les services de polices, le commissaire qui m'avait dans sa ligne de mire avait fini sa carrière sur l’île de la Réunion dans un lit d'hôpital pour une opération du cœur. Ne pouvant plus faire du terrain, il fut muté dans un autre département et emporta avec lui mes déboires. Ses remplaçants successifs qui furent des commissaires créoles furent plus tolérants et nous demandaient juste de ne pas commettre des délits graves, tels que trafic de stupéfiants, d'armes ou de proxénétisme. Tout ce qui est de plus normal surtout dans le monde de la nuit qui est un vivier de voyous en tout genre.

La banque allait à son tour rentrer dans la danse et exiger du donnant donnant en me mettant le dos face au mur.

Après la tempête, le temps s’éclaircit, mais pas pour longtemps. En 1985, alors que l'Evasion avait trouvé son rythme de croisière, je reçus un appel de mon conseiller bancaire qui me demanda de venir au siège social car leur directeur avait souhaité me rencontrer de toute urgence . Ce rendez-vous m'avait laissé perplexe et mon intuition était fondé.

A mon arrivé au siège social, je fus accueilli en grande pompe par le directeur dans son bureau. J'étais face à lui, mon conseiller à ma gauche et le fondé de pouvoir à ma droite, on me proposa du café, une boisson fraîche ou du whisky. Je refusais et demanda qu'on arrive au but de ce rendez-vous. Le directeur m'annonça d'un air gêné, qu'ils étaient embourbés d'un montant de 4 millions FF pour avoir financé le Dios et, comme cette discothèque était en cessation de paiement et compte tenu de ma notoriété, leur direction serait heureux de collaborer avec moi pour une reprise du passif. Ce à quoi j'avais répondu que même s'il s’avérait que j'étais intéressé, j'avais besoin de 2 millions de financement pour re dynamiser la structure par un club privé en annexe et un restaurant de nuit. Pour sauver leur bébé agonisant ils étaient prêts à tout, bien que je leur avais dit que je n’avais aucune caution, ni bien à hypothéquer on me donna le feu vert.

J'avais 28 ans, nous avions traversé la route la plus dure et, malgré l'ambition qui me collait aux tripes, j'avais préféré demander 72 heures pour donner ma réponse. Après les renseignement pris auprès de la C.C.I, j''étais fixé. La structure accusait 10 millions de passif et malgré l'envie de foncer, j'avais préféré rejeter l'offre de la Banque. Mon refus ne les avaient pas mis de bonne humeur. Deux jours après, mon conseiller m'avait téléphoné pour m'annoncer que leur direction n'allait plus pouvoir couvrir mon découvert et m'avait sommé de ne plus émettre des chèques pour des gros montants. Bref, on m’assassinait et je devais accepter sans chercher comment sauver ma peau. J'avais décidé par l'intermédiaire du fondé de pouvoir tenter une annulation de leur décision mais celui-ci refusa. Acculé, face à un mur, je pris donc la décision de faire déposer le bilan du Dragon. Mais comme les DC étaient de nouveau en agonie, ils étaient venus me proposer de revenir avec eux au WAGON , sans une autre structure disponible et après présentation de la situation à Alix, d'un commun accord nous avions de nouveau accepté de tenter de remettre Wagon sur ses rails. On était en pleine période des vacances d'été de l'année 1986 et c'était le moment propice pour remettre du charbon aux machines. Mon calcul ne m'avait pas trompé, le retour fût une nouvelle réussite. Le Wagon était de nouveau revenue la boîte incontournable des nuits dionysiennes des années 86.

 

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